L’association « Les Tourterelles », a été créée en 2014 à Villejuif, dans un contexte où il n’y avait pas de proposition d’activité physique et sportive pour la petite enfance dans la ville. D’emblée la volonté de sa fondatrice Véronique JACQUET (1), a été d’accueillir et de faire pratiquer ensemble des enfants « ordinaires » et des enfants en situation de handicap ou atteints de maladie invalidante. S’adressant à des touts petits, l’association s’est aussi construite sur deux principes : celui de la participation des parents à l’animation et l’éducation des enfants et celui de la pratique d’activités physiques et motrices la plus diversifiée possible (pas de spécialisation précoce).
L’association fonctionne principalement le samedi dans le petit gymnase de l’école Robespierre à Villejuif et accueille pendant les 3 heures de la matinée, successivement les 1 à 3 ans (9h-10h), les 3 à 5 ans (10h-11h) et le 5 ans et + (11h-12h).
Tout au long de ces années, l’association s’est dotée d’un imposant stock de matériel diversifié lui permettant d’aborder une large palette d’aventures motrices avec les enfants : parcours de motricité et d’équilibre mais aussi escrime, tir à l’arc, hockey, handball, volley, boxe, basketball, tennis, tennis de table, kin-ball, cecifoot, boccia, etc. avec du matériel adapté à la petite enfance.
Après le départ de Véronique vers d’autres cieux à la fin de la saison 2024/2025, Stevan SCHNEIDER, son comparse durant toutes ces années, a repris le flambeau. Devenu président des Tourterelles, il s’attache à constituer autour de lui une dynamique collective visant à associer et responsabiliser les parents, encore plus et mieux .
Le samedi 13/12/2025, les Tourterelles accueillaient deux formateurs de la FSGT (2), venus proposer une « formation sur le tas », sorte d’observation participante permettant de répondre aux questionnements des parents-animateurs, de les sécuriser et de les aider à percevoir ce qu’ils pourraient faire évoluer dans les situations qu’ils mettent en place. Après avoir observé, échangé, être intervenus ponctuellement sur un atelier, avoir proposé et animé un moment de retour au calme et de transition entre deux groupes d’enfants, les deux formateurs ont pu discuter de façon plus approfondie en fin de matinée, avec une partie des parents présents, notamment les membres du bureau de l’association.
Ce qui est remarquable dans ces séances, c’est à la fois l’implication des parents dans la mise en place du matériel et des situations pédagogiques et leur investissement dans l’animation de leur enfant et parfois celui des autres. Ils et elles sont tous acteurs, les pères autant que les mères.
C’est aussi la liberté laissée aux enfants de circuler dans l’espace, expérimenter ce qui les intéresse, réaménager un atelier et inventer leurs propres jeux. Les enfants participent également activement et souvent avec enthousiasme au rangement du matériel entre chaque créneau de la matinée. Les enfants en situation de handicap (essentiellement psychique et mental) avec leurs parents sont accueillis et participent comme les autres, avec leurs différences et leurs ressemblances.
Bien évidemment tous ces papas et mamans ne sont pas des éducateurs sportifs expérimentés. Mais ils sont curieux et demandeurs de conseils et d’orientations pour apprendre à faire évoluer les situations d’apprentissage qu’ils peuvent proposer.
Voici quelques conseils issus de l’observation et des échanges entre parents et formateurs :
- La recherche de l’autonomie : Attention à ne pas faire dépendre du parent, l’activité de l’enfant : après avoir monté sur plusieurs blocs en plan incliné et s’être retrouvé sur un tapis en hauteur, le petit enfant doit sauter (plus d’un mètre de profondeur avec un tapis mousse épais en réception) : si en tant que parent, vous le prenez dans vos bras systématiquement pour l’accompagner dans la chute, l’enfant ne va pas être en mesure de repérer ce qu’il est capable de faire ou de ne pas faire. Il aura tendance soit à ne pas « se lancer » et attendre que papa ou maman le sécurise en le prenant par la main ou dans ses bras, soit de sauter n’importe comment, même en risquant de se faire mal parce qu’il sait que son parent va le rattraper avant l’arrivée au sol. En procédant ainsi, on va aboutir à l’inverse de ce qu’on recherche, à savoir développer l’autonomie de l’enfant. C’est la dépendance au parent qui va grandir. Alors comment faire ? Lorsque l’enfant est debout au bord du tapis, hésitant, on peut lui demander : « C’est trop haut ? Comment tu peux faire pour descendre ? Et si tu t’asseyais au bord ? Et maintenant tu peux sauter ? etc. Ce qui est recherché est la situation où il y a une prise de risque mesurée et où l’enfant va agir de lui-même, trouver et expérimenter la solution qui lui convient. Le parent est là pour parer au cas où mais pas pour porter l’enfant et faire à sa place.

- La recherche du défi adapté, ni trop facile, ni trop difficile : ne pas laisser un enfant en échec répétitif prolongé ou à l’inverse le laisser reproduire trop longtemps une situation devenue trop facile ou récurrente pour lui. Il est important d’apprendre à observer et repérer à quel moment l’intérêt du jeu dans lequel l’enfant était pleinement investi jusqu’alors, faibli et nécessite de modifier l’aménagement du milieu pour relancer l’attractivité de l’atelier et la curiosité de l’enfant.
- Par exemple dans le même atelier que précédemment (saut en profondeur) le défi sera relancé (pour un enfant reproduisant le même saut ou la même chute) en changeant de tapis de réception par un tapis plus dur et plus fin et en reprécisant la consigne : lui demander de sauter et se réceptionner debout, pieds joints et en équilibre et ne plus se laisser aller à chuter sans se préoccuper de la réception.
- Autre exemple : tir sur cible verticale avec un ballon de handball : en repérant une enfant qui tire systématiquement sous la cible, la balle ayant une trajectoire en cloche manquant de vitesse pour l’atteindre et qui se plaint de ne pas y arriver : on invite l’enfant à se rapprocher modérément en lui donnant un repère au sol. Si la cible est atteinte, cela relance son intérêt. Sinon, on réajuste la distance jusqu’à ce qu’elle réussisse.
Un enfant va rester pleinement engagé dans ce qu’il fait tant qu’il n’échoue pas systématiquement (il va alors considérer qu’il n’est pas capable d’y arriver et va vouloir abandonner) ou qu’il réussi trop facilement (cela n’aura alors plus d’intérêt pour lui).
- Position d’observation : Selon le type d’ateliers proposés, il faut savoir se placer dans l’espace à des endroits stratégiques qui nécessitent plus de surveillance et de sécurité. Observer l’activité de l’enfant suppose parfois de privilégier une posture assise pour être au niveau du regard de l’enfant.

- Une quantité de matériel adéquate : On peut avoir tendance parfois à surcharger l’espace de matériel pour s’assurer que tous les enfants vont se mettre spontanément en activité. Cependant, trop de matériel diversifié peut engendrer de la dispersion et du zapping chez l’enfant et nuire à sa concentration et ses apprentissages. Dans le même espace d’activité, il faut toutefois veiller à ce que le matériel soit en quantité suffisante pour que tous les enfants jouent en même temps.

- Les 0 – 1 an présents dans le gymnase : lorsque des parents amènent un petit frère ou une petite sœur en bas âge dans la poussette le temps de la séance, prévoyez un espace dans un coin du gymnase, avec un tapis au sol où déposer le bébé sur le dos et des objets à manipuler, plutôt que de le laisser l’heure entière dans le berceau. Ce sera une opportunité pour lui d’explorer cet environnement : il va pouvoir chercher à se retourner, ramper, attraper un objet, observer ce qui se passe autour de lui ; progressivement il se peut qu’il cherche à trouver la position assise par lui-même. L’aventure motrice dès le plus jeune âge sera bien plus bénéfique que de rester inactif pendant l’heure d’animation.
- Rythme de la séance et retour au calme : Sur une séance d’une heure, n’hésitez pas à consacrer les 15 dernières minutes à un retour au calme. Entre 2 et 6 ans, 45 minutes d’activité, sollicitant dépense d’énergie, investissement émotionnel et concentration, sont souvent suffisantes. Prendre 15 minutes pour regrouper enfants et parents, assis dans la salle et proposer une ou plusieurs chanson(s) et des activités douces (type relaxation) permet d’optimiser les effets de la séance et les apprentissages. Outre le retour au calme, cela donne l’occasion aux parents d’échanger et de s’impliquer dans un temps collectif : les parents étant sollicités à tour de rôle pour proposer une chanson ou une comptine.
- Intégrer un temps d’accueil (5 min) entre chaque séquence de la matinée : Ce petit temps d’accueil, qui peut s’insérer au moment du retour au calme du groupe précédent, permettra aux parents et enfants des différents groupes d’échanger plus facilement, de mieux se connaitre et pouvoir partager plus spontanément leurs expériences et leurs savoirs pendant les séances.

En guise de conclusion …
L’association Les Tourterelles à Villejuif organise ses activités sur la base de l’implication essentielle des parents. Pas d’animateur qui intègre l’association sans son enfant – au moins au départ (certains parents pouvant rester impliqués après que leurs enfants aient grandi et quitté l’association). Et pas d’enfant inscrit sans la présence et la participation active d’un parent. Ainsi elle cultive une forme d’école de la vie où parents et enfants s’éduquent ensemble.
Paraphrasant la fameuse formule d’Érasme « On ne nait pas homme, on le devient » (au sens où l’humanité de l’être humain est à construire, ce n’est pas une donnée à la naissance), on a envie d’écrire : « On ne nait pas parent, on le devient« . Pendant cette matinée passée au gymnase, les enfants se préparent à se construire en tant qu’être humain, les parents développent leurs compétences à la parentalité grâce à ce milieu stimulant et enrichissant créé par l’association.
Nul besoin d’un diplôme d’éducateur pour contribuer à l’épanouissement intégral de son enfant. Pour autant, être accompagné, échanger avec d’autres, être conseillé par des formateurs, est un besoin naturel et intrinsèque à l’être social que nous sommes. C’est là qu’intervient la fédération.
La FSGT développe une conception de l’activité physique du « tout petit » qui part de ce qu’il fait pour l’accompagner dans son développement moteur, affectif et cognitif. Cette séquence de « formation sur le tas » est certainement une des façons les plus optimales de se comprendre et de partager des savoirs, comme en rend compte parfaitement le message ci-dessous :
« Merci infiniment pour le temps que vous nous avez accordé et pour ces précieux conseils !
Ça nous a vraiment donné un coup de boost, des idées, des envies, pour progresser et faire vivre cette super asso. Bonnes vacances, et belles fêtes ! »
(message adressé au Comité FSGT, par Sophie Soula, maman et membre du bureau de l’association).
Merci aux Tourterelles de faire partie de la famille FSGT depuis sa création et de continuer à inventer l’aventure motrice de demain …
(1) Véronique JACQUET, éducatrice sportive et formatrice en pratiques partagées handi-valides
(2) Valéry ARRAMON, formatrice fédérale Petite Enfance et Marius HULOT formateur FSGT Val-de-Marne, tous deux membres du Collectif Fédéral Enfance – Petite Enfance de la FSGT.