
Ceux qui étaient présents à la librairie Envie de Lire à Ivry-sur-Seine ce mardi soir 16/12/2025 n’ont pas perdu leur temps ni boudé leur plaisir ! Deux heures d’échanges avec un René Moustard de 90 ans, ancien (co)président de la FSGT, en pleine forme et inspiré par des interlocuteurs affûtés. Questionné notamment par Daniel Paris-Clavel (auteur par ailleurs d’un superbe livre sur les 100 ans de l’Union Sportive d’Ivry) et Claude Pennetier, (directeur du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, mouvement social).
Comment un enfant de la campagne champenoise est-il devenu étudiant à l’École Normale Supérieure d’éducation physique (ENSEP) puis professeur d’EPS ? Quel est le terreau familial qui l’a poussé à faire des études et être enclin à s’intéresser aux êtres humains et à leur condition sociale d’existence ? Comment cet étudiant s’est-il éduqué politiquement et engagé syndicalement ? Comment a t-il découvert le monde ouvrier et les rapports de classe en faisant son service militaire ? Pourquoi, après avoir été tête de liste d’union de la gauche à l’élection municipale de Troyes en 1965 (et failli emporter la mairie avec 49% des voix) – ce qui devait le conduire à faire une carrière politique – a-t-il choisi de s’investir professionnellement à la FSGT ? Statutairement, en tant que cadre d’état mis à disposition de la fédération, mais comme il l’assure ostensiblement, sans exercer d’autre métier que celui de militant ! Un militant de l’émancipation par la pratique des activités physiques et sportives, pour rendre le sport populaire et développer une FSGT conçue comme un milieu de vie favorable au développement intégral des êtres humains. Un militant payé par l’État, devenu président, puis coprésident (à son initiative) … et finalement militant de la suppression de ces fonctions au sein des organisations, en faveur d’un fonctionnement de plus en plus collégial.
Au fil de la soirée se sont égrainés divers épisodes de sa vie militante à la FSGT :
- La genèse des stages Maurice Baquet et son rôle de directeur pédagogique de la colonie Gai soleil à Sète : une expérience singulière de recherche pédagogique qui dura plus d’une quinzaine d’années (de 1966 au début des années 1980) sous l’impulsion de Robert Mérand ; notamment fondée sur un principe éducatif issu du plan Langevin-Wallon (projet global de réforme de l’enseignement et du système éducatif français élaboré à la Libération conformément au programme de gouvernement du Conseil national de la Résistance), rappelle René, qui préconisait que pour se préparer à devenir des citoyens d’une République sociale et démocratique, tous les enfants devaient être confrontés en alternance à des rôles de dirigeants et des rôles d’exécutants. Ainsi fut mise en place la République Gai Soleil, où les enfants de la colonie regroupés en petites équipes avec leurs moniteurs, discutaient et participaient à l’élaboration des choix d’activités et du déroulement de leur journée et de leur séjour. Parallèlement les stages sportifs expérimentaient des situations pédagogiques dans 8 disciplines qui plaçaient l’enfant au centre de l’acte pédagogique. Une expérience qui allait transformer les contenus de l’éducation physique et sportive à l’école et la formation continue des enseignants d’une part, et engendrer la création de sections enfants au sein de grands clubs omnisport FSGT d’autre part.
- La démarche auto-gestionnaire impulsée dans la sphère de la vie institutionnelle de la fédération visant à transformer la culture historique d’une organisation hiérarchisée du mouvement ouvrier, en une culture qui vise promouvoir la responsabilisation des adhérents à tous les échelons, les rendre à la fois acteurs de leur pratique et de la gouvernance de leurs structures. Une démarche visant à tendre vers une forme d’organisation non-hiérarchique dont le rôle du centre de pilotage est profondément repensé et que René qualifierait aujourd’hui plutôt de démarche émancipatrice.
- La rencontre avec le mouvement sportif non-racial d’Afrique du Sud : l’accueil d’un dirigeant du Conseil des sports non-racial sud-africain au Congrès FSGT de 1980 dans les Bouches-du-Rhône, expliquant aux militants la réalité du régime de l’Apartheid et ses conséquences dans le domaine sportif, a généré une multitude d’actions de solidarité envers les sportifs sud-africains engagés dans la lutte contre l’Apartheid au cours de la décennie qui a suivi (événements sportifs mais aussi conférences internationales sous l’égide de l’UNESCO), et la volonté de la FSGT d’établir des relations avec eux. Mais aussi des positions fermes de la FSGT au sein du mouvement sportif français et interpellations du CNOSF en vue rompre les relations entre les Fédérations délégataires françaises et les fédérations blanches d’Afrique du Sud, fers de lance de la politique raciste institutionnalisée de ce pays.
- La rencontre avec le mouvement sportif palestinien : Une visite de René dans les camps de réfugiés palestiniens au Liban (en 1982 où était localisé le siège de l’OLP à l’époque) a permis de prendre conscience de la structuration de la société palestinienne, de l’histoire de ses luttes, de l’injustice que le peuple palestinien subissait et aussi de l’existence de ses organisations sportives. La FSGT, qui avait historiquement des relations avec le mouvement sportif travailliste israélien (HAPOEL), a alors décidé de reconnaitre le Conseil des sports de l’OLP et de s’engager dans des relations de coopération visant à faire reconnaitre l’existence du sport palestinien et au travers du sport, du peuple palestinien. Une équipe « nationale » de football palestinienne composée des meilleurs footballeurs jouant dans les championnats des différents pays arabes où la diaspora palestinienne était implantée, a alors fait une tournée en France en avril 1982 contre différentes équipes de football FSGT, permettant ainsi de hisser le drapeau palestinien dans des stades en France pour la première fois. Ce fut le début de 45 ans d’échanges de solidarité et de formation mutuelle, ininterrompus jusqu’à aujourd’hui. Dès 1981, en fin stratège, René avait rencontré la direction d’HAPOEL en Israël pour l’informer de l’intention de la FSGT de répondre favorablement à sa demande de réactiver leurs relations bilatérales mais aussi de reconnaitre le mouvement sportif palestinien. Il ne s’agissait pas à l’époque de demander aux organisations sportives israéliennes et palestiniennes de se reconnaitre mutuellement, mais de leur demander d’accepter d’avoir des relations avec une fédération qui reconnaissait l’existence des deux parties. Une position originale qui a été acceptée malgré la réticence d’une partie de dirigeants dans les deux camps.
Tout au long de ces échanges, René ne manquera pas d’évoquer deux personnages essentiels qu’il a côtoyé et avec qui il a milité pendant plus de 50 ans :
- Robert Mérand : son premier professeur d’éducation physique à l’ENSEP, qui se révèlera être un incubateur de la trajectoire militante de René. R. Mérand fut membre des équipes de France de handball et de basket-ball et entraineur du PUC, investi dans la formation professionnelle continue des enseignants d’EPS puis chargé de recherches dans le domaine de la didactique à l’Institut National de la Recherche Pédagogique (INRP). Au sein de la FSGT il aura été le fondateur du Conseil Scientifique et Pédagogique qui conseillait la direction de la Fédération et pilotait la démarche et l’organisation des stages Maurice Baquet.
- Lucien Sève : philosophe marxiste, avec lequel René a partagé de nombreuses réflexions : deux militants qui se sont nourris mutuellement de la place de l’être humain dans l’expérimentation pratique du sport populaire d’un côté, à la réflexion philosophique sur la personne humaine de l’autre.
A noter la présence à cette soirée de : Gérard Paris-Clavel, François Miehe, Lydia Martins-Viana, Jean-Paul Mouilleseaux, Jean Pierre Favier, Martine Potet, Francette et Michel Tafflet entre autres …
Soirée à l’initiative de Julien Legros, auteur du livre d’entretiens : René MOUSTARD, Militant du Sport Populaire
Remerciements à la Librairie Envie de Lire pour l’accueil chaleureux et la mise à disposition de ses locaux.
De nos jours, René MOUSTARD milite principalement et activement pour le « Bien vieillir ». Cet aspect de sa vie n’a pas pu être abordée faute de temps. Sur cette question essentielle et si vous souhaitez en savoir plus sur tous les sujets évoqués ci-dessus, n’hésitez pas à vous procurer le livre auprès de l’éditeur Libertalia ou dans tout bonne librairie … militante !
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